Vendredi 11 Janvier 2008
aux sources des rites et de la symbolique


[Aps 11/1/08] ALGER - Les rites de la célébration du nouvel an amazigh Yennayer et sa symbolique, dans les quatre coins du pays, ont été mis en exergue, jeudi, lors d'une rencontre animée par des chercheurs et ethnologues à Alger. Les spécialistes ont évoqué les aspects festif et légendaire de Yennayer, fête marquant le début du calendrier amazigh et qui est étroitement lié aux changements de saisons et les différents cycles de végétation et qui s'ouvre le 12 janvier de chaque année. L'écrivain Saïd Bouterfa a préféré rappeler les origines et les fondements essentiels de la fête de Yennayer, célébrée, selon lui, depuis les temps les plus anciens de l'humanité, au lieu de se limiter à l'aspect "folklorique" de cette manifestation ancestrale.


Il a souligné que le dimension symbolique de Yennayer qui, cette année inaugure l'an 2958 du calendrier amazigh, puise essentiellement ses sources du "profond" lien existant entre l'homme et la nature et ses forces (pluies, froid, vents...etc.). M. Bouterfa a expliqué que la symbolique de Yennayer est un sujet "très vaste" du fait qu'elle était présente dans les sociétés primitives, affirmant que les rites de cette fête se croisent avec la dimension agricole au vue de "la sacralité" de la terre pour l'homme. Il a aussi indiqué que l'accueil d'une nouvelle année a existé "partout" dans le pays, par de nombreux rites qui prennent comme origines, des croyances anciennes ayant comme objectif de se prémunir contre les menaces de la nature, comme la sécheresse, les épidémies, la famine, par la présentation d'offrandes à la terre.

De son coté, l'ethnologue des régions sahariennes, M. Badi Dida a indiqué que la fête de Yennayer est appelée en Tamacheq "Ighef N'Awatayi", précisant qu'elle est célébrée différemment entre les touareg nomades et les sédentaires. Pour les touaregs sédentaires, le principal évènement organisé pour accueillir la nouvelle année est, selon M. Dida, la danse de la Sbeïba dont les chorégraphies représentent la succession des saisons, accompagnées de textes chantés tirés du répertoire agraire targui.

Pour leur part, les touareg nomades, fêtent le nouvel an ou Tafaski en tamacheq par le Tindi, en exécutant des danses et des chants en rapport avec la terre et la chronologie du nomadisme, a-t-il dit.

Le chercheur Nacer Bourdouz a évoqué quant à lui, la célébration de Yennayer dans la région de Chenoua (W.Tipaza) en mettant en exergue les différentes actions, telles que la préparation du pain à base d'herbes sauvages, l'interdiction de manger tout ce qui est acide ou piquant le soir du nouvel an, l'offre de friandises aux enfants, composées de fruits secs, noix, glands et amendes.

Il a tenu à souligner que même si Yennayer n'est pas une fête musulmane, celle-ci, "a pu s'adapter avec l'islam et changé d'aspects à travers les temps", précisant qu'il s'agit, actuellement, d'une occasion pour s'échanger les v"ux et les visites et rassembler les familles.

La célébration de la fête de Yennayer dans la région de M'zab (W. Ghardaïa) a, également, était expliquée par le chercheur Nouh Mefnoun Ahmed qui a indiqué que cette manifestation est une fête familiale et non publique.

A noter que cette rencontre, initiée par l'établissement "Arts et culture", a été suivie d'une soirée dédiée aux chants berbères, notamment, aux Achwiq

de la région de la Kabylie et aux chants de la vallée du M'zab.

La célébration de Yennayer se poursuivra demain (vendredi) au complexe Lâadi-Flici avec les troupes "Idhibalen" de Tizi-Ouzou, "Ahelil" de Gourara

(Timimoun), d'Imzad de la région de Djanet et la démonstration "Ayrad" (Carnaval de la région de Beni-Snouss à Tlemcen).



[Aps 11/1/08]

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Mercredi 21 Novembre 2007
L’APPORT ANTHROPOLOGIQUE DE L’ÉCRIVAIN MOULOUD MAMMERI

 

On connaît beaucoup le côté écrivain, mais le côté anthropologue a été très peu développé.

Mouloud Mammeri, le défricheur de savoirs, est le thème d’une conférence animée, lundi dernier à la Médiathèque Bachir-Mentouri, par l’universitaire Ali Sayad et ce, pour mettre en valeur l’apport de l’écrivain Mouloud Mammeri dans le domaine anthropologique. Ali Sayad, anthropologue et écrivain, est l’un des premiers à avoir codifié la langue berbère avec feu Mouloud Mammeri. Il a passé un certain nombre d’années dans les Aurès, le Hoggar, et diverses contrées du Sud. Il a publié entre autres: Habits traditionnels et structures familiales, Rites de naissance, Stratégies matrimoniales chez les Ath Yenni, et aussi un nombre importants d’articles d’étude, et assuré la bibliographie analytique de l’Afrique du Nord et du Sahara. «On connaît beaucoup le côté écrivain de Mouloud Mammeri, mais le côté anthropologue a été très peu développé» a indiqué, dans son introduction le conférencier, qui a été d’abord élève de Mammeri puis son collaborateur à l’ex-Centre de recherches anthropologique, préhistorique et ethnographique (Crape), actuellement Cnrpah (Centre national de recherches préhistorique, anthropologique et historique). «Le travail anthropologique de Mammeri, qui a sillonné l’Algérie de long en large, porte sur la littérature orale du Gourara, la poésie berbère et les poèmes de Si Mohand», a affirmé l’intervenant, ajoutant que «Mouloud Mammeri a été le premier, le défricheur qui a ouvert la voie de la littérature orale». «A l’ancienne ethnographie, il lui substituait de manière claire et définitive la terminologie anglo-américaine d’anthropologie sociale et culturelle sans délaisser le volet préhistorique, qu’il renforçait par ailleurs», a relevé Ali Sayad. A propos de Mouloud Mammeri qui fit, a-t-il dit, du Crape «un lieu de convergence de préhistoriens, d’anthropologues, de sociologues, de linguistes, de géographes et d’historiens nationaux et également étrangers». Outre les travaux menés par Mouloud Mammeri, sur le terrain, particulièrement durant la période 1969 à 1979 au cours de laquelle il était à la tête du Crape, l’intervenant a rappelé les séminaires organisés à l’époque. Mammeri a institué, a-t-il précisé, deux types de séminaires, l’un fermé, c’est-à-dire réservé uniquement aux chercheurs de l’institut qui discutaient, autour d’un programme intégré, pour faire bénéficier les recherches personnelles des avantages d’un travail en équipe et associer davantage les recherches entreprises dans le cadre de la réalité algérienne, et l’autre ouvert aux intervenants extérieurs qui venaient aussi bien des universités nationales qu’étrangères. «A ce type de manifestations, le Crape organisait des portes ouvertes pour recevoir étudiants et chercheurs extérieurs, leur permettant ainsi de bénéficier des nouveaux acquis scientifiques», a expliqué le conférencier. Il a également ajouté que «dans l’esprit de ces séminaires, étaient débattus les problèmes afférents à la validité épistémologique ainsi qu’aux présupposés idéologiques de l’anthropologie classique, avec comme perspective plus lointaine, la définition d’une anthropologie dont les pays du Tiers-monde ne seraient plus seulement les sujets mais les acteurs». Ali Sayad a aussi, à cette occasion, évoqué «l’initiative de Mouloud Mammeri de créer la revue Libyca dans laquelle étaient publiés des articles reprenant des travaux originaux en préhistoire et en anthropologie socioculturelle, ainsi que la bibliographie systématique et, par rubrique scientifique, du Maghreb. De l’intérieur du pays, qu’ils soient universitaires ou simples curieux, Da l’Mouloud les recevait et leur ouvrait la bibliothèque qui devenait ainsi le lieu privilégié d’un fonds documentaire», a conclu l’anthropologue. Quel plus bel exemple pourrait-on trouver, pour signifier la considération pour ce grand homme nommé Da l’Mulud. Notre tradition la plus profonde, consiste à lui rendre hommahe et de souligner l’indissociable solidarité entre les intellectuels et les artistes.
Comme c’était le cas durant cette conférence, en l’occurrence, le conférencier avec ses témoignages et Mme Flora, la cantatrice avec ses chants rituels berbères et qui ne sont que des cris d’appartenance d’un peuple nomme les Berbères.

Idir AMMOUR

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Samedi 03 Novembre 2007
Ancêtre du combat citoyen

Un quart de siècle déjà. Que le temps file ! et les oublieux ou amnésiques filent assurément  du mauvais coton.

Un quart de siècle après  l’assassinat de l’étudiant Amzal Kamal sur le campus de Ben Aknoun, les luttes idéologiques, politiques et sociales qui sustentaient le substratum de telles dérives n’ont pas substantiellement changé malgré le drame d’octobre qui frappera la jeunesse algérienne six ans plus tard, malgré les tentatives d’ouverture démocratique et de libéralisation économique opérées depuis les années 1990 et, enfin, en dépit de multiples autres assassinats qui ont emporté de simples citoyens comme des hommes de culture de la trempe de Tahar Djaout, Boucebsi, Matoub Lounès et d’autres encore. Et si le décor de l’Algérie des années 90 était planté en cette soirée du 2 novembre 1982 ? Il y a tout lieu, rétrospectivement, de le penser. La gestion de la donne islamiste, comme dans la plupart des pays arabes ayant pour seul souci la pérennité des régimes en place, obéissait à un jeu d’équilibrisme dangereux qui opposait la gauche progressiste à la frange la plus conservatrice du courant religieux. Dans la pratique, ce jeu a longtemps pris pour arène les campus des universités. Outre ce clivage idéologique classique et commun à plusieurs pays, l’Algérie se retrouvera avec les “circonstances aggravantes” d’une mouvance berbère qui n’a rien d’une idéologie importée ou d’un courant politique qui chercherait la prise de pouvoir, ce qui, certainement, aurait facilité sa domestication par la grâce de la rente et des privilèges.

Il se trouve que la revendication berbère a une profondeur historique indéniable et une légitimité populaire qui a fait d’elle un serment et un flambeau portés par des générations entières de militants humbles ou aguerris, avant et après l’indépendance du pays. Ce qui avait suscité plus de panique et de réactions violentes des différents clans du pouvoir, c’est surtout la jonction réussie entre la revendication berbère et les aspirations démocratiques du peuple algérien. La militance berbère a pu intégrer, particulièrement après le Printemps de 1980, les questions des droits de l’Homme et des libertés démocratiques dans un même corpus théorique et un même combat pratique.

Cette démarche a surtout pu fleurir dans les campus universitaires où les militants de la cause berbère avaient aussi à s’assumer en tant que démocrates dans toutes les tâches dont ils allaient porter le fardeau : gestion des cités universitaires, lutte pour de meilleures conditions d’enseignement et pour une pédagogie moderne délestée des griffes de l’arabo-islamisme, combat pacifique pour l’expression démocratique dans une université qu’ils voulaient comme porte-étendard des idées de progrès.

C’est dans ce cadre qui convenait très mal à la dictature du parti unique et de l’islamisme rampant de l’époque qu’il faut situer l’assassinat, il y a 25 ans jour pour jour, de l’étudiant Amzal Kamal dans le campus de Ben Aknoun par des fous de Dieu armés de poignards et de barres de fer.

L’enfant de Tiferdoud reçut dans son corps cet arsenal de guerre, aux cris de Allah Ouakbar,  au moment où, avec son camarade Aziz B., il déployait une affiche à coller sur le mur du foyer, affiche appelant à renouveler le comité de cité par la tenue d’une assemblée générale des étudiants.

La jeunesse kabyle qui a inauguré le nouveau millénaire par la contestation citoyenne et la revendication d’une véritable démocratie est en droit d’être informée du parcours et du combat de ses aînés qui ont ouvert le chemin vers plus de liberté et de dignité, qui ont fissuré le mur du monolithisme castrateur du parti unique et tenu tête aux nervis et spadassins des temps modernes qui ont juré la perte de l’Algérie historique de Massinissa, Kahina et Abbane Ramadane.

Le mérite du combat de la génération de Kamal Amzal est d’autant plus noble et éminent qu’il ne s’inscrivait dans aucune logique étroite de chapelle politique ou de calcul d’intérêt. Sur leurs frêles épaules d’étudiants descendus des montagnes de Kabylie, ils ont porté haut et fort les aspirations profondes et légitimes de leur peuple ; ils ont ouvert la voie, dans l’adversité la plus tenace et la plus crasse, vers un combat loyal, pacifique mais déterminé pour les causes justes, et celles de la démocratie et de l’amazighité en font largement partie. Kamal Amzal a été de ceux qui ont ouvert cette voie ; il a inauguré, du même coup, le martyrologe de la citoyenneté.

 

Amar Naït Messaoud

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Lundi 29 Octobre 2007


Le combat d’une femmeUne femme sur tous les fronts

Artiste au destin tragique et romanesque, souvent comparée à Edith Piaf.

H’nifa, une vie brûlée, est un film documentaire-fiction de 52mn, que nous propose Visuel Impact sur le parcours tumultueux de la grande chanteuse H’nifa. Il nous permettra de découvrir quelques épisodes de la vie d’une des plus grandes chanteuses populaires algérienne. Sa vie, ses frasques, ses succès et ses drames. Le réalisateur Samy Allam et Ramdane Ifftini, en décidant de lui rendre cet hommage, prenaient le double risque d’occulter une partie de la réalité en idéalisant le mythe. De son vrai nom, Ighil-Larbaâ Zoubida, est née le 4 avril 1924 à Ighil Mahni, Azzefoun.
Artiste au destin tragique et romanesque, souvent comparée à Edith Piaf, H’nifa a chanté la femme, les amours impossibles, l’exil, le sien et celui des autres, la mal-vie. De sa naissance en 1924, à sa mort en 1981, c’est tout un pan de l’histoire contemporaine de l’Algérie qui transparaît en filigrane de sa biographie. La situation sociale des Algériens durant le colonialisme, l’émigration, la création de la chaîne de radio d’expression kabyle, les débuts de la Révolution, sont autant d’événements marquants qui sont abordés dans ce documentaire. Au début des années 30, sa famille quitte le village d’Ighil M’hanni en Kabylie pour s’installer à la Casbah d’Alger, où vivait la majeure partie des villageois de la région, chassés par la pauvreté. Mais cette vie citadine ne durera pas longtemps, puisque sa famille ne tardera pas à rejoindre à nouveau le village natal. A dix-huit ans, son père la marie à un ami du village voisin, une union qui ne durera pas, puisque H’nifa ne restera guère avec ce mari, de dix ans son aîné, jaloux, possessif et violent. Six mois plus tard, elle quitte le domicile conjugal et revient dans le foyer familial, qui à son tour est ébranlé, son père s’étant remarié.
Une situation qui contraint H’nifa d’emmener sa mère avec elle à Alger. H’nifa se remarie. De cette union qui allait à son tour tourner à l’échec, trois années plus tard, naît une petite fille. Pour subvenir à ses besoins et ceux de son enfant et de sa mère, elle travaille comme femme de ménage. Elle habite une baraque en tôle au bidonville du clos Salembier et partage son logis de fortune avec la chanteuse Chérifa. Chérifa qui eut à l’écouter chanter est subjuguée par cette voix si singulière. Elle lui propose alors de se produire à la radio. H’nifa hésite car, à l’époque, le métier de chanteuse est synonyme d’opprobre. Devant les difficultés de la vie et face à l’insistance de Chérifa, elle finit par accepter et brise ainsi le premier tabou. Mustapha Hasni d’abord, Cheikh Nordine ensuite seront ses premier mentors à la radio Alger. A ses débuts, elle intègre «Tarvet El Khalath», une chorale féminine où elle retrouve à nouveau Chérifa et d’autres chanteuses comme Djamila, Zina, Ounissa...En juillet 1956, elle fait son premier voyage en France avec son ami Hasni et continue son oeuvre avec d’autres artistes, tels que, Taleb Rabah, Bahia Farah, Akli Yahiatène, Missoum, Kamel Hamadi...En parallèle, H’nifa active au sein de la Fédération de France du FLN. Grâce à Kamel Hammadi, H’nifa enregistre ses premières chansons qui sont des succès incontestés, notamment Ma Tebghith Ad Amnegal, Ay Aqcic, Azher iw anda tenzith, Dharay iw, et surtout sa chanson autobiographique Maci Dleghna. En 1964, H’nifa se remarie pour la quatrième fois avec un riche commerçant de la ville des Genêts, qu’elle découvre polygame et finit par le quitter. Elle repart en France. Elle arrête de chanter un temps pour reprendre quatre années plus tard avec Yewet iyi fus iw, Ih ya mali. En 1973, elle interprète un rôle secondaire dans le célèbre feuilleton El Hariq, de Mustapha Badie. C’était sa première expérience en tant que comédienne et sa dernière apparition en Algérie. Puisqu’elle repart en France, où elle participe aux côtés de Cheikh Nordine à une série télévisée, Les Chevaux du soleil. Terrassée par la maladie, elle rend son dernier souffle le 23 septembre 1981 dans un hôtel à Paris. Sa dépouille passe plus d’un mois à la morgue d’un hôpital avant d’être enterrée dans un cimetière de la banlieue parisienne.
Son corps a été rapatrié à Alger par sa fille avec l’aide de Slimane Azem, Idir, Cheikh Nordine, Kamel Hamadi et Akli Yahiatène. Elle a été enterrée au cimetière d’El Alia à Alger le 19 novembre 1981.
Ce documentaire nous conduit à cerner la vraie personnalité d’une femme qui tout au long de sa vie choqua et défraya la chronique mais qui reconnaissait avec une humble lucidité la valeur de la femme.

Idir AMMOUR

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Mercredi 17 Octobre 2007
A Yagu ou la Révolution qui dévore ses enfants

Les aspirations à l’émancipation et au recouvrement des libertés sont énoncés dans A yitij hader atteghlidh et Da nnubak freh.

La chanson d’Aït Mengulelet A Yagu a été éditée en 1979. Elle fait partie d’un album-éponyme qui a succédé à deux autres albums d’un destin exceptionnel : Si lxedma n luzin s axxam (1976) et Amjahed (1977). Le contexte politique de l’époque, fait de répression des libertés et de règne de la pensée unique, a fait que certaines chansons de notre poète (à l’exemple de Amjahed), sans qu’elles aient subi la censure en Algérie, aient été d’abord popularisées par des émission de…Radio Tanger à une année avant l’explosion d’avril 1980, Lounis nous donne les éléments de lecture de ce qui va devenir le destin particulier d’une région, d’une culture.

L’album A Yagu comprend cinq chansons lesquelles constituent un concentré de sensibilité poétique et esthétique de grande facture, une analyse historique et politique de la situation du pays et, enfin, une ébauche de perspective où les aspirations à la liberté et à la citoyenneté sont clairement exprimées.

Nous sommes en 1978. Le Président Boumediène meurt à la fin du mois de décembre. La guerre de succession a valu à la Kabylie la mise en scène de l’avion militaire, Hercule C 130, qui ‘’a déposé des armes’’ à Cap Sigli, dans la wilaya de Béjaïa. L’héritage de la période Boumediène a été très lourd non seulement en matière de déni des droits et de despotisme, mais également par les jeux malsains et dangereux auxquels se sont livrées les autorités sur le plan maghrébin. L’affaire du Sahara Occidental a éclaté en 1975, moins d’une année après le départ des Espagnols de ce territoire peu connu. Il n’y a pas lieu de discuter ici de la légitimité de la lutte des Sahraouis pour rendre effective l’indépendance de leur pays, indépendance non admise par les Marocains. Néanmoins, le degré d’implication de l’Algérie dans ce conflit a fait que des contingents entiers de soldats algériens y furent envoyés. Certains y perdront la vie, d’autres seront faits prisonniers. Même si l’affaire d’Amgala ne fait pas partie de l’historiographie officielle du pays, elle n’en marquera pas moins l’esprit et la mémoire des Algériens.

Dans l’album A Yagu, nous retrouvons l’atmosphère de la guerre des sables à travers la chanson Ardjuyi. À part les indications spatiales précises, ce conflit n’est pas situé temporellement. Mais, il est bien dit que «ceux qui gouvernent m’ont crée des ennemis» et aussi : «Ils m’ont appris que la guerre est prioritaire». Sous forme épistolaire (le soldat du contingent s’exprime dans une lettre à sa femme), Ardjuyi est un chef-d’œuvre en la matière. Outre la dénonciation d’une guerre qui ‘’ne nous regarde pas’’, le poème, conduit à la manière d’une épopée, est un véritable hymne à la paix où le lyrisme a aussi sa place. La fille du soldat, qui naîtra en son absence, sera dénommé Lahna (Paix) sur recommandation de son père posté sur le front et dont le seul souci et que la paix se rétablisse.

La chanson Amcum est un réquisitoire contre la trahison et l’effilochement des amitiés militantes. Le héros est un élément d’un groupe de militants pour la liberté que son destin offrira en hostie, alors que ses anciens amis s’en désolidarisent.

Les aspirations à l’émancipation et au recouvrement des libertés sont énoncés dans A yitij hader atteghlidh et Da nnubak freh.

Quant au titre A Yagu, il renvoie à un exilé dont la patrie subit le règne de l’arbitraire. Dans un prélude où la poésie se mêle à la méditation, il s’adresse à ses anciens amis. Il les hèle vainement. Il les retrouve dans le rêve. Il les considère comme la seule voie de secours pour chasser l’angoisse qui le hante et qui le dévore sur une terre étrangère.

Dans un rappel historique, le poète met en scène un pays innommé, mais il s’agit bien sûr de l’Algérie, où toutes les cartes sont brouillées. Ceux qui, hier, furent du côté de l’ennemi sont aux commandes. Ils ont chassé tous les autres, ceux-là même qui ‘’ont préparé la grenaille de plomb» pour l’ennemi au moment où les autres lui préparaient des ‘’agapes’’.

Mais, la génération d’alors, happée par les nécessités terre à terre d’aujourd’hui, ne se souvient plus. La mémoire de la nouvelle génération ne s’articule sur aucun relais. Il faut bien procéder à un travail de mémoire. Le héros du poème rappelle que, à la fin de cette ‘’malédiction’’ (la guerre), il finit par tomber sous la férule et la protection des anciens félons.

Gardant sa fierté et ne voulant céder à aucun clientélisme, il fait valoir l’authenticité de ses racines : ‘’C’est du bois de chêne que je suis fait et non de l’engeance du roseau’’. C’est alors qu’il décide de s’exiler laissant son frère aux commandes  ‘’se livrer à ses lubies’’ (‘’labourer et battre le blé’’, selon le texte kabyle).

Ce sont tous les avatars de l’Algérie indépendante qui sont sériés dans ce texte d’Aït Menguellet. C’est la révolution dévoreuse de ses enfants. Exilés politiques, artistes réduits au silence, exilés de la parole libre, bref, tous ceux qui ont subi le retour de manivelle d’un combat dénaturé et perverti par les ‘’légionnaires’’ de la 25e heure et les médiocres à qui le destin a curieusement et injustement souri. Une vacuité sidérale hante le pays et un malaise indéfinissable habite les esprits.

Le poète y met une poésie d’une rare beauté faisant intervenir un élément du cosmos, la lune, que l’exilé interrogera par une série de questions. Ici, la lune est considéré comme un élément fédérateur observé par l’exilé depuis son lieu d’élection mais aussi par les amis qu’il a laissés au pays. Subitement, un autre élément de la nature survient. C’est le brouillard. L’exilé engagera un dialogue avec cette masse brumeuse. Il la questionnera sur son lieu de provenance. Le brouillard vient du pays du proscrit. Qu’a-t-il vu ?

Il a vu les amis chéris de notre infortuné proscrit. Ce dernier veut savoir si son frère tien toujours les rênes du pouvoir. Le brouillard lui répond par l’affirmative en lui faisant observer que c’est un ‘’pouvoir sans brides’’ qui ne redouterait rien ni personne à vouloir se perpétuer. L’arbitraire continue, lui apprend-t il.

Même si, par intermittences, il est mis en veilleuse, il se régénère.

Voulant savoir où se destine exactement le brouillard que ramènent les vents jusqu’au lieu où se trouve le proscrit, cet élément de la nature lui annonce qu’il vient en mission, sur ordre des frères régnant sur le pays, pour voiler le soleil de l’infortune exilé !

Mordante allégorie à la situation d’arbitraire vécue par l’Algérie pendant les années 70 après une révolution sanglante mais prometteuse, A Yagu est l’un des textes d’Aït Menguellet les plus élaborés sur le plan du style, du contenu politique et revendicatif et sur le plan de la ‘’narration’’ si l’on peut se permettre ce concept appliqué à la prose.

 

Amar Naït Messaoud.

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