Un vendeur qui tient à garder l’anonymat a indiqué qu’à lui seul, il a écoulé 2000 copies de ce nouvel album qui contient des chansons enregistrées le 17 janvier 1998, lors du dernier concert du Rebelle animé au zénith de Paris devant des dizaines de milliers de spectateurs.
Comme il fallait s’y attendre, le nouvel album de Lounès Matoub qui contient vingt-deux chansons vient d’être piraté. Le CD Rom se vend à Tizi Ouzou depuis quelques jours. Le produit artistique est cédé à 150 dinars chez plusieurs disquaires de la ville des genêts et se vend comme des petits pains, avons-nous constaté mercredi suite à une tournée dans les différents points de vente. Un vendeur qui tient à garder l’anonymat a indiqué qu’à lui seul, il a écoulé 2000 copies de ce nouvel album qui contient des chansons enregistrées le 17 janvier 1998, lors du dernier concert du Rebelle animé au zénith de Paris devant des dizaines de milliers de spectateurs. L’album en question contient en outre deux préludes inédits, l’un pour la chanson Tighri N’ Tadjalt (Le cri de la veuve) et un deuxième pour la chanson d’amour intitulée Tatut, L’oubli. Parmi les chansons de cet album, on peut aussi citer L’hymne à Boudiaf et l’hommage à Tahar Djaout ainsi qu’aux victimes du terrorisme, sorti dans une première version en 1994, juste avant le kidnapping de Matoub Lounès par un groupe armé à Takhoukht dans la wilaya de Tizi Ouzou. Les fans de Matoub peuvent écouter de nouvelles versions des chansons : Asirem, Les montagnes, ma vie, Le chemin obstrué, Monsieur le Président, La gifle, Kenza, Le vent de la liberté, Epreuves de la révolution, Point de vapeurs, Les pèlerins, Allah Wakbar, Le Chanvre, Ton retour, Les orphelins, Lettre ouverte, L’ami fidèle, Les malfaisants et Jour de fête.
Dommage que les fans de Matoub de la région de Kabylie ne trouveront pas le carnet où sont traduits les principaux poèmes du Rebelle mais surtout la très remarquable présentation de Yalla Seddiki. «Démocrate incorruptible, grand artiste, plus qu’aucun autre, Lounès Matoub a incarné jusqu’au tragique la jonction entre les promesses émancipatrices de l’art et la vie soumise à la domination. Plus qu’aucun autre, il a incarné, parce qu’il en a subi la morsure dans son esprit et dans sa chair, la soif d’absolu et le désespoir le plus singulier. Plus qu’aucun autre, il a incarné la dignité et les aspirations à la démocratie du peuple amazigh sans jamais se départir d’une critique violente de la dictature militaire, de l’aliénation religieuse et des dimensions arriérées de la société kabyle. Les maux concrets, les complications, les mutilations qui sont les conséquences de son engagement sans retour dans la lutte, tout en accroissant la fascination que Lounès Matoub exerce sur les kabyles, amplifie la solitude de celui qui assistera au jour le jour à la décomposition de son être physique en même temps que son espace physique s’élargit, comme l’atteste l’amélioration permanente de sa poésie et de son chant. Rien ne me semble mieux exprimer la souffrance si particulière à Lounès Matoub, et en même temps si émotive pour nous que les poèmes non exclusivement politiques du disque Au nom de tous les miens…», écrit en substance Yalla Seddiki, dans sa présentation de ce produit posthume.
Cet album est sorti dans les règles de l’art le mois de septembre dernier en France alors qu ‘en Algérie, il a fait l’objet d’un blocage de la part d’un éditeur. Depuis quelques jours, on n’écoute que ce nouvel album dans toute la région. C’est la réponse des milliers de Matoub, auxquels Lounès a laissé un testament le 25 juin 1998 : «En quelque lieu que tu ailles/ Jamais tu ne t’arracheras/ A ce qui t’embrase les entrailles/ D’un cœur impollu tu aimes/ Pour elles tu t’embrases/ Elle fait la beauté de tes rêves/ D’un cœur impollu tu aimes/ Pour elle tu te consumes/ Quand tes rêves se tourmentent / Ivre, il est ivre, s’enivre/ Au souvenir de son aimée.».
C’est en fait un appel à l’amour pour faire barrière à une génération «d’anciens maquisards» de la cause berbère qui ont fait de la haine leur seul programme politique pour la Kabylie et de la mort la seule perspective pour les jeunes kabyles, tout en ayant, bien évidemment, mis à l’abri leurs propres enfants.
A.Mohellebi



